Promotion de l’écotourisme à Chébika

February 23, 2006 on 9:13 am | In All, NGO, Project, Sustainable Tourism |

Cet Article écrit par Kamel FERCHICHI, paru le 07/02/2006 dans La Presse, décrit un projet d’éco-tourisme à Chébika. Pour vous donner de plus amples infomations, l’équipe KEN recommende les liens suivants où vous trouverez une description détaillée du projet ainsi que quelques photos.

Promotion de l’écotourisme à Chébika - Des splendeurs à découvrir et un gisement de nouveaux emploisNon loin de Tozeur, dans le sud-ouest du pays, les oasis de montagne de Chébika et Tamerza étalent leur charme naturel. Leurs richesses en faune et en flore, alliées aux particularités culturelles et historiques qui les caractérisent, leur ont conféré aujourd’hui un potentiel écotouristique remarquable.

A ce propos, la naissance, en 2000, de l’Association de promotion humaine et du développement à Tamerza (Asphadt) a permis de promouvoir une nouvelle tendance. Il s’agit en premier lieu de satisfaire une population locale défavorisée, ayant souvent besoin de nouvelles sources de revenus durables dans un milieu écologique sain et protégé.

Mais aussi et en second lieu de mettre en valeur un patrimoine ancestral quasi oublié et de mieux préserver la biodiversité de ce site naturel.

Avec le concours du Programme suisse d’appui aux organisations de base en Tunisie d’intercoopération (Paotic) en matière de développement local à Chébika et Tamerza, le projet d’écotourisme a pu prendre forme en 2004.

Au commencement, l’Asphadt, en collaboration avec le Paotic, a jeté les bases d’un

développement local communautaire, qui repose sur un nouveau rapport homme-nature. Il s’agit, à vrai dire, de faire bénéficier la population locale des potentialités d’emploi existantes, tout en la sensibilisant à l’importance d’un tourisme écologique de valeur.
Entre Tamerza et Chébika, une chaîne de montagnes rocheuses et crevassées s’étend à perte de vue, sur quelque dix-huit kilomètres.

Sur les plaines et les falaises escarpées, un véritable manteau végétal couvre la région, offrant aux visiteurs un paysage verdoyant pittoresque. Et à quelque distance de Tamerza, voilà la grande cascade de «Kef Edhil», imposante.

A travers cette mosaïque naturelle, un circuit de trekking a été mis en place entre Chébika et Tamerza. Il constitue déjà une sorte de vadrouille alliant à la fois écotourisme et géotourisme.
A l’arrivée à Chébika, zone frontalière, on est accueilli par le spectacle de groupes de touristes venus découvrir le charme de la région appelée, autrefois, «Gsar El Chems» : place fortifiée du soleil.

Ici, selon Aïda Tarhouni, coordinatrice des projets écotouristiques dans les oasis de montagne de Chébika et Tamerza, l’on compte quotidiennement cinq cents touristes en moyenne.
Mais, quoiqu’ils ne s’y installent pas longtemps, en l’absence d’infrastructures d’hébergement, ces groupes de touristes considèrent ce site comme une destination particulièrement privilégiée et tout à fait hors du commun.

Située en pleine palmeraie, la région de Chébika, avec son écosystème diversifié, présente à ses visiteurs une gamme variée de produits et services.

Il s’agit de randonnées pédestres avec pique-nique au cœur des oasis, dégustation de produits des traditions culinaires locales et découverte d’un nouveau circuit géo-touristique couronné par une visite à l’ancien village, abandonné depuis la fin des années 60.

Sur ce circuit touristique, long de plus d’un kilomètre à pied, M. Hassen Zammouri, un des six guides locaux bénéficiaires d’une formation-initiation à la géologie, évoque au fil de la marche la mémoire des lieux. Le circuit de trekking permet de remonter un passé lointain, marqué par des mouvements géologiques. On trouve tout un tapis de fossiles et de roches géologiques de toutes dimensions. On trouve également une source naturelle, dont le débit est constant : tiède en hiver, elle est fraîche en été. Une vue panoramique donne sur l’ancien village berbère. Un véritable musée à ciel ouvert qui mérite d’être valorisé.

Le développement local de la région de Chébika a fait en sorte que la promotion de l’écotourisme dans ce site s’accompagne d’une valorisation du savoir-faire local et de la réhabilitation des potentialités existantes. Autrement dit, la création de sources de revenus et l’amélioration des conditions de vie.

A cet effet, la coopération étroite entre l’Asphadt (antenne de Chébika) et le Paotic a donné lieu à l’émergence d’une série de projets à caractère agricole, artisanal et de service.
A la maison des tissages traditionnels, juste à l’entrée de ce petit village rural de quelque 650 habitants, une vingtaine de filles s’adonnent à divers métiers artisanaux. Derrière leurs métiers à tisser, les jeunes filles, aux doigts agiles, fignolent leurs œuvres confectionnées à base de laine de mouton et de poils de dromadaire.

Leurs produits consistent, essentiellement, en des cartables, des sacs, des descentes de lit et des mergoums. «Je suis satisfaite de mon travail, c’est notre patrimoine ancestral qu’on doit garder…», déclare l’une des filles bénéficiaires. «Ici, on travaille à la pièce, à raison de cinq par mois, et il y a d’autres filles qui travaillent chez elles…», révèle une autre artisane.

Pas si loin de cette maison de tissage, se trouve une petite unité d’exposition qui propose des articles destinés à la vente, parmi lesquels des objets de souvenir. Ces projets traditionnels, comme le souligne Mme Tarhouni, ont été lancés suite à des sessions de formation dispensées au profit d’une cinquantaine de femmes artisanes dans la région.

Ce programme de formation a également touché une douzaine de vendeurs de pierres, qui ont été initiés à la géologie-géomorphologie. Le but est d’améliorer leurs connaissances en matière de pierres et de géodes.

Afin de promouvoir la notoriété de ce label appelé écotourisme, beaucoup d’actions de mise en valeur ont été engagées. Il s’agit, par exemple, d’installer une clôture autour de l’oasis, d’aménager une parcelle de restauration et d’accueil dans la palmeraie, avec partage équitable des bénéfices entre femmes cuisinières et propriétaires. Il s’agit, également, de l’aménagement d’un autre espace de biodiversité et d’arboriculture oasienne, en vue de promouvoir une grande variété de dattes, en l’occurrence «Aligue», «Besser Hlou», «Kenta», «Ammari», «Bidh Hmam» et beaucoup d’autres. Ce qui rejoint d’ailleurs la campagne de sensibilisation menée à l’intention de bon nombre d’agriculteurs, qui ne cessent d’opter pour la culture d’une seule variété, celle de «Deglet Nour». Et l’unité de transformation des dattes, située dans la région, fait aussi partie de cette action promotionnelle. Elle présente un produit à base de dattes : pâtisserie, jus, rob et confiture… C’est, en fait, un projet qui commercialise «les délices des oasis».

Certes, la création imminente d’une cité artisanale à Chébika permettra aux promoteurs d’exposer leurs expériences et d’écouler, de la sorte, leurs produits. De même, l’organisation en mars prochain d’une journée promotionnelle à Chébika et Tamerza va-t-elle donner au développement local un coup de pouce? Ce qui permettrait à cette expérience pilote de hisser le secteur de l’écotourisme à une place plus importante dans celui des services.

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